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Accueil de la bibliothèque > Aspects de la contrebasse solitaire par Anne Salliot (1994)

Aspects de la contrebasse solitaire - QUATRIEME PARTIE : Théâtre - La relation instrument-instrumentiste

QUATRIEME PARTIE : Théâtre > La relation instrument-instrumentiste

V- La relation instrument-instrumentiste

La littérature pour instrument seul contribue à l'élaboration d'une relation entre interprète et instrument.

Au répertoire pour contrebasse seule, on associe la présence d'un soliste sur scène. En fait, l'interprète n'est pas soliste, il est "duettiste", ce qui suppose une relation déjà existante entre l'interprète et son instrument. Joëlle Léandre explique : "Dans duettiste, il y a duo et duel [...] avant de parler au public, je parle à ma basse, elle est mon partenaire."1 Pour la contrebassiste, un instrument moins imposant, moins présent physiquement, que la contrebasse, ne peut donner d'emblée cette même impression de deux "êtres" sur scène.

Dans le déroulement de l'oeuvre, un relation s'instaure dès l'instant où le contrebassiste prend conscience que de son propre geste naît le son. Le théâtre musical accorde une importance majeure à cette liaison entre le geste et le son engendré, donc à la relation entre l'instrumentiste et son instrument. De même, lorsque l'interprète devient source sonore lui-même, de nouveaux liens se créent entre le contrebassiste et son instrument : lien sémantique, lien de complémentarité de deux sources sonores.

Une autre dimension nous intéresse particulièrement dans ce chapitre : la relation psychologique entre l'interprète et sa contrebasse, notamment dans les oeuvres suivantes :

- Valentine de J. Druckman
- Alice de M. Finissy
- Zab de P. Boivin

La relation psychologique s'instaure avec l'apparition de véritables sentiments de l'interprète envers sa contrebasse.

Le regard du contrebassiste est un des éléments de la relation instrument-instrumentiste dans Zab et Alice. Le regard, lorsque l'écriture le spécifie et le met en valeur, constitue un symbole d'attachement à l'instrument. En même temps, il représente une attention particulière de l'interprète pour la contrebasse, un procédé pour l'explorer, la connaître davantage. Dans Alice, le compositeur ne demande pas explicitement au contrebassiste de regarder son instrument, mais de garder les yeux ouverts en faisant face directement à la contrebasse. Puis vers la fin de l'oeuvre, l'interprète doit détacher son regard de la contrebasse. L'action de regarder s'inscrit dans une évolution explicite du comportement du contrebassiste face à son instrument. Dans Zab, le regard est également sollicité : regard sur la "tête" de l'instrument, sur les clefs, regard à travers l'archet. Le regard est lié à d'autres actions, comme celle de faire pivoter la contrebasse, celle de frapper la contrebasse.


Exemple 1. Zab, de P. Boivin

Dans Alice, une relation de tendresse transparaît, par le jeu théâtral du contrebassiste et la présence de la contrebasse. La pièce entière semble être une confrontation entre les deux acteurs. Une véritable dramaturgie s'impose de façon explicite aux yeux du spectateur. Plusieurs gestes s'enchaînent, donnant un véritable sens aux actions de l'interprète :
- "Prendre le bout de l'archet dans la bouche, faire semblant de le mâcher."
- "Expression de l'incapacité à déterminer le plaisir provoqué par la pause chewing. "
- "Alors finalement, dégoût."
- "Laissez l'archet, dégoûté sur le plancher."
- "Brève pause pendant que vous considérez votre action."
- "Alors penchez vous en avant et tendrement, embrassez les épaules de la contrebasse."
- [•••]
- "Serrez la contrebasse, passionnément, embrassez-la, les yeux fermés, puis émettez un gargouillement (gurgling) de plaisir."

Plusieurs actions sont concrétisées par un dessin (exemple du contrebassiste enlaçant sa contrebasse).


Exemple 1. Alice, de M. Finissy

Le comportement de l'interprète face à son instrument est encore suggéré dans Zab. Le contrebassiste doit être affectueux (con affeto). Un dessin montre alors (similitude avec Alice) l'expression du visage que l'interprète doit adopter.



Exemple 1. Zab, de P. Boivin

Dans Valentine, (de J. Druckman), la relation semble plus forte encore qu'une relation de tendresse. Valentine, c'est pour le jour de la Saint-Valentin, patron des amoureux. Le compositeur écrit que "l'homme doit assaillir son instrument". 2 De l'investissement extrême du contrebassiste, qui "attaque l'instrument avec l'archet, avec une baguette de timbales [...]"3, de son utilisation comme source sonore découle cette relation, plutôt tendancieuse. Zab aussi représente un véritable corps à corps avec l'instrument. L'interprète joue debout, à genoux, couché, avec sa contrebasse qui suit ses mouvements. N'oublions pas le titre véritable de l'oeuvre : "Zab ou la passion selon Saint Nectaire".

Une écriture "traditionnelle" marque déjà inévitablement la relation instrument-instrumentiste, par l'investissement de l'interprète, l'allure de l'instrument. L'écriture théâtrale contribue largement au développement de cette relation, le geste de l'interprète traduit des actions psychologiques, qui impliquent une confrontation réelle entre le contrebassiste et son instrument.

Conclusion :

Contrebasse et contrebassiste sont favorables aux effets théâtraux. La contrebasse, par sa forme même, le contrebassiste par sa curiosité, son désir de voir son instrument mis en valeur. Pour le public, cette nouvelle sollicitation de son attention, de sa participation, offre un regain d'intérêt. L'effet théâtral instaure une relation entre le public et l'oeuvre exécutée, que le développement d'oeuvres dites "hermétiques" avait rompu.

1- Joëlle Léandre. Entretien, août 1994.
2- J. Druckman, Valentine, New York : MCA, 1969.
3- Ibid.

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- Table des matières
- Avant-propos
- Introduction
- PREMIERE PARTIE : Présentation de l'instrument
- DEUXIEME PARTIE : Quelques aspects de l'écriture
- TROISIEME PARTIE : Exploration de l'instrument
- QUATRIEME PARTIE : Théâtre
- Conclusion
- Bibliographie
- Annexes

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